C’était Charles III… avant Charles III !

Actualité oblige, Alain-Georges Emonet, contributeur émérite à VERSUS, nous narre ici avec sa verve habituelle, sa rencontre épique avec le futur roi d’Angleterre tout juste un mois avant que son destin ne soit bouleversé…. Mais ne vous y trompez pas, c’était en 1977, et non en 2022….!

Depuis 1907, Deauville vit à chaque été au rythme du « jeu des rois » autrement appelé polo. Depuis cette date, la ville du Duc de Morny accueille les pratiquants les plus talentueux ou les princes les plus joliment couronnés de ce sport.

70 ans plus tard, se pose sur la piste d’atterrissage de l’aéroport de Deauville Saint Gatien un avion aux armes de la couronne d’Angleterre. En descendent écuyers, soigneurs et joueurs d’une équipe de polo britannique dont… Charles Philip Windsor, Prince de Galles et héritier de la couronne britannique.

Cette fois, contrairement à sa dernière escapade à Bordeaux en mai de cette même année, ce n’est pas lui qui pilote le bimoteur.

Le lendemain, botté de noir, le maillot immaculé et le maillet viril, le prince dispute avec ferveur l’issue d’un match incertain contre des cavaliers latino-américains.

Un match de polo se déroule sur 4 à 8 périodes au terme desquelles les joueurs sont appelés à descendre de leurs montures pour boucher les trous provoqués par les sabots des chevaux et les coups de maillet intempestifs. L’herbe de l’hippodrome de la Touque n’échappe pas à cette tradition. C’est l’un des codes de « gentleman » de ce sport envers les joueurs suivants qui fouleront ce gazon. Aucun cavalier ne s’y soustrait. Fût-il un futur roi…

Les spectateurs sont aussi appelés en renfort. Et celui qui m’y invite d’un geste mesuré mais signifiant, n’est autre que le Prince Charles. Il a revêtu un shetland bleu marine et s’active de son pied botté. A sa hauteur, sous les yeux de ses deux gardes du corps à distance respectable, j’entame une conversation aimable dans un anglais approximatif, ayant retenu les règles élémentaires de ce sport, et enthousiasmé par le fait qu’au polo comme au football, un but se dit « goal »…

Notre mission de rebouchage arrivant à son terme, toujours en compagnie princière, nous nous dirigeons vers le paddock lorsque le président du Deauville International Polo Club nous invite à prendre un rafraichissement dans un établissement à proximité, plus connu pour ses activités nocturnes que pour ses dégustations d’Earl Grey.

L’endroit a été privatisé et sécurisé par les organisateurs. L’aéropage y est des plus huppés et les beautés féminines font la réputation d’une célèbre agence parisienne dirigée par une femme connue par son seul prénom.

Une voix derrière moi et (moment de bonheur), une interprète ! Le prince s’adresse à moi pour…me remercier. Il me précise qu’il souffre parfois de douleurs aux genoux qui le gênent pour poser son talon dans les trous du gazon. Et qu’il avait apprécié mon aide. Je crois en rester là mais il tient à me préciser que c’était le reliquat du premier saut en parachute qu’il avait effectué au début de sa formation militaire. Et de me donner quelques détails vite oubliés.

Au terme de cet échange, je lui indique que j’aurai peut-être le plaisir de le voir le lendemain à l’hippodrome de Clairefontaine où le jockey français le plus célèbre du moment, Yves Saint Martin, allait courir. Mais en lieu et place d’une réponse de politesse, le futur souverain se lance dans une critique des jockeys et leur usage immodéré de la cravache, vantant « le noble équipage » que constituaient le joueur de polo et sa monture. Peut-être déjà les prémices d’une conscience environnementale ? Et de conclure en me regardant dans les yeux « mais ce n’est peut-être pas à écrire« …

Effectivement, je ne vis pas Charles d’Angleterre le lendemain à l’hippodrome. Il avait choisi de faire du windsurfing les cheveux et le shirt rayé dans le vent. Nous étions le 21 août 1977.

Un mois plus tard, jour pour jour (selon les biographes ou les romanciers) le Prince de Galles, au cours d’une partie de chasse, croisait pour la première fois Diana Spencer…

Alain-Georges Emonet

le 12 septembre 2022

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