Petit lexique à l’usage des ex-confinés

Aujourd’hui 9 juin 2021, jour « J » du « déconfinement », , Alain-Georges Emonet, le décrypteur des mots dans tous leurs états, déjà auteur sur VERSUS du « Stratégisme prophétique d’Emmanuel Macron », nous propose une incursion dans le dictionnaire de la pandémie. Pour ne pas oublier nos belles années 2020/2021 ! Et dans cet article, rien n’est inventé, mais le résultat de sondages et études précisés en fin de page…

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Tout commence par un malentendu : le mot confiner . Le verbe qui signifie Être très proche de quelque chose, pour nous expliquer qu’il fallait s’éloigner les uns des autres !

Puis un autre mot,  confinement, répété à satiété.

Un mot déjà entendu, déjà utilisé. C’étaient les années Mitterrand, où l’on remettait en cause l’énergie nucléaire. Les opposants agitant la confinement obligatoire en cas d’accident .

Et cela se poursuit avec l’incitation au télétravail. Drôle de nom qui associe l’instrument privilégié de la détente et du plaisir (la télévision) à l’occupation la plus génératrice d’efforts et de contraintes (le travail).

Ainsi notre langage, mais également nos habitudes, se sont mis  en mode confinement.

Le matin , sur le temps gagné du trajet domicile-entreprise, on a réinstallé le petit-déjeuner comme un vrai repas en commun. Fini de dire à l’adolescent en retard « As-tu déjeuné? »  on l’a remplacé par « As-tu pris ton petit déjeuner ? ». Emploi de 3 termes de convivialité « pris », « ton » et « petit ». En quoi « pris » est-il un terme deconvivialité ? Parce qu’il est ressenti comme « prix » donc, comme « valeur ».

Après, il faut télétravailler. La phrase est au présent, car en période de restrictions de libertés, on conjugue le plus souvent les verbes au présent de l’indicatif.

En l’absence de pièce-bureau au domicile, l’espace travail  y est mieux organisé et mieux rangé que dans l’entreprise.

Dans un premier temps, l’ordinateur a été installé, au calme, dans la chambre, puis très rapidement a regagné la salle à manger. schéma plus conforme à l’image sacralisée du bureau.

C’est un cliché de croire que le télétravail a fait sombrer la femme dans l’abandon vestimentaire. Une femme sur quatre en effet s’est habillée comme lorsqu’elle se rendait sur son lieu de travail. A une exception près : le soutien gorge laissé dans la penderie. Même proportion de femmes, une sur quatre, qui a porté des chaussures durant la séquence de travail. Pendant que 4 hommes sur 10 déclaraient ne pas se laver tous les jours.

Une fois devant l’ordinateur,  il faut échanger avec les collègues, eux aussi à leur domicile.

Mais le langage s’est distancié. Le téléphone portable en mode haut-parleur posé sur une table, exit le « Bonjour », on passe au coeur de l’appel

 «  Dis, c’est untel, à propos de…. »

 L’adjectif « difficile » n’est plus de mise, il est remplacé par « compliqué ». En revanche, le tététravailleur ne se heurte  pas à une « difficulté » mais à un « défi ». On a abandonné le  mot « n’importe quoi » jugé trop violent dans la relation professionnelle.

Quant au confinement, mail après mail, il a perdu son caractère anxiogène: un nombre conséquent d’internautes ont terminé leurs messages par « bon confinement ».

Et comme tout mot devenu familier au fil du temps, coronavirus est devenu covid. En matière de langage, tout ce qui est réduit par volonté apparait comme maitrisé par l’homme. C’est le principe des diminutifs.

On en a profité pour mettre à mal l’expression « je suis d’accord », immolée sur l’autel du parler-télé et remplacée par « je valide ».

Quant à l’expression « en retard », souvent culpabilisante, elle a cédé sa place à « en port différé ».

Soyez attentifs à la prononciation des télétravailleurs. Vous entendez « penser à autre chose » alors qu’ils vous disent « passer à autre chose ».

Au bout de quelques semaines…un moment d’inattention….le vouvoiment s’est installé. Et quelquefois poursuivi lors du retour en présentiel.

Autre constatation, le salarié en télétravail  bavarde moins et téléphone moins à ses relations. Il  gagne donc du temps et de l’attention. En fait,  Il communique toujours mais par Icones et par # (le plus usité étant #jenpeuxplus).

Mais cloitré dans son appartement et sans possibilités de pouvoir embrasser ses proches il est passé de « mes parents » à « les parents », et de « les voisins »  à « mes voisins »

Le « soir » est devenue la « soirée« . On a tué les heures et instauré les rythmes (ou les rites ?).

Seule référence horaire ayant survécu, le « vingt-heures » sans que l’on sache précisément s’il s’agit de la grande messe de l’information télévisée ou du rendez-vous pour applaudir les soignants (Ah, bon? le clapping… vous avez déjà oublié !)

Il est vrai que l’expression elle-même qui visait à gommer les hiérarchies entre infirmiers et mandarins a aussi évolué. Nos politiques au printemps 2020, parlaient de « nos soignants », au printemps 2021, ils disent « les soignants ».

Mais ce fût aussi l’occasion pour 1 français sur 5 de participer à des apéros-vidéos.

Autre symbole, né du confinement, les Lego. Des émissions télévisées et des rubriques leur ont été consacrées. Passage obligé de la satisfaction égoïste de la brique au plaisir partagé de construire. Ou comment un jeu individuel est devenu un jeu de société.

Après  cette période avec moins de libertés (oh, pardon ! On dit désormais période contrainte) et le passage par le télétravail.

72% des femmes déclarent ne plus vouloir faire  la bise sur leur lieu de travail.

66% des hommes déclarent accepter de se serrer la main.

Mais peu importe, nous aurons vécu le déconfinement, terme qui a  été tout simplement inventé.

Cependant c’est promis, lors de la prochaine pandémie, il rentrera dans le dictionnaire…

Alain-Georges Emonet

 Cet article n’est pas une démonstration de linguiste, il a été rédigé à partir d’enquêtes CNRS, d’études Ifop, Kantar, Odoxa-CGI, Harris Interactive, de sondages  Statista, BVA et  Médiamétrie et de questionnaires de médias francophones.

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