La BEAUTÉ en partage

Je lance un appel à plus de Beauté.

La Beauté ? Pourquoi ?  Mais qu’est-ce que c’est ?

Avant d’aller chercher dans un quelconque dictionnaire, la Beauté que je viens réclamer est quelque chose dont je peux affirmer sans prendre de grands risques qu’il y a une forte probabilité pour  que vous sachiez ce que c’est, sans même me préoccuper de la définition que vous pourriez lui donner !

Qu’à l’instant où vous êtes confronté à LA Beauté vous restiez interdit et muet, le souffle coupé, qu’au contraire vous vous exclamiez, ou que vous ayez un frisson ou des larmes, vous n’avez généralement décidé de rien. Mais une chose est sûre : ça vous fait du bien.

Car la Beauté crée en nous un élan, une émotion qui nous envahit sans crier gare, et ni le cœur, ni le corps ni  l’esprit ne peuvent indistinctement la revendiquer. Il paraît qu’elle fait parfois naître un sentiment de vrai absolu.

Elle est. C’est tout.

Intuitivement je dirai que la Beauté est une forme d’esthétique que l’on peut rencontrer dans n’importe laquelle de nos activités humaines. Nous pouvons la recevoir sans l’avoir sollicitée, ni même l’avoir espérée, nous pouvons  aussi aller la chercher, en être à l’origine.

C’est ainsi qu’une première idée qui peut venir à l’esprit à propos de la Beauté est que nous la trouvons couramment dans l’art : peinture, sculpture, musique, littérature, cinéma, photo, architecture, poésie …

La vie et la nature aussi nous offrent de nombreuses occasions de la croiser : un visage, un regard, un sourire, des amoureux qui s’bécotent sur un banc public, la naissance d’une lumière soudaine et éphémère sur la Loire au passage d’un nuage, la majesté d’une chaine de montagnes au soleil levant, la puissance d’une chute d’eau, une fleur, le vol d’un oiseau…

Interrogez des scientifiques,  ils vous diront qu’une démonstration est d’autant plus crédible qu’elle est belle, harmonieuse, équilibrée, ou design dans leur vocabulaire.

Les chemins que peut prendre la Beauté pour nous atteindre sont donc innombrables et sans limites.

La tentation de définir la Beauté selon des critères est  permanente, mais c’est aussi une constante que selon les époques et les régions ces critères sont loin d’être immuables et universellement partagés.

Paradoxalement, la Beauté est pourtant universelle, non pas parce qu’il existerait une ou des formes de Beauté universellement reconnues comme telles, mais plutôt parce qu’il n’y a pas d’exclusion d’accès à la Beauté. Ni par la richesse ou la pauvreté, ni par l’éducation, ni même par le savoir lire ou écrire, la religion, une époque, une région géographique… Existe-t-il un autre phénomène aussi universellement présent et accessible ?

La Beauté ne se décrète pas. Bien sûr, il existe une prétention à la définir, voire même parfois à la certifier comme telle, mais elle reste fondamentalement impossible à enchaîner. Elle restera de toute façon l’expression libre d’un ressenti laissé à l’appréciation de chacun d’entre nous, sans jugement préétablit, sans morale, sans certitude de valeur absolue.

Nous pouvons ne pas être d’accord sur l’admiration d’une Beauté que nous propose notre meilleure amie, avec l’assurance de ne pas l’offenser. N’est-ce pas formidable ? Un domaine sur lequel on peut être en désaccord sans se fâcher ! Je dis que cette grande liberté de jugement que nous offre le sentiment de Beauté est partie prenante à la Beauté elle-même, et c’est à elle que je pense lorsque je lance cet appel à « plus de Beauté ».

En effet, plusieurs évènements qui se sont développés depuis quelques années m’ont amené à cette réflexion que nous sommes fortement en « déficit de Beauté ». Et qu’il y aurait lieu de remettre beaucoup de Beauté dans nos vies si nous ne voulons pas finir par désespérer.

En réalité, être en déficit de Beauté ne serait pas  si insupportable, si nous n’étions pas surtout en excédent de laideurs…. 

Pour n’en citer que quelques-unes, (l’exhaustivité étant impossible), il y a naturellement tout ce qui a surgit depuis quelques années du phénomène « Metoo », et le cortège de ses «cousins », dans de très nombreux pans de la société : sport, littérature, cinéma, photo, danse, variétés, musique, et sous toutes les formes… Absence totale de Beauté, laideur absolue. Désespérante boite de Pandore qui n’en finit pas de se déverser…

Il y a aussi le développement à tout va de la société digitale et de la dématérialisation de nos identités, source de beaucoup plus d’isolement que de liens et d’humanité. Source également d’incompréhensions, d’injustices et d’exclusions dans de nombreux domaines, dont l’éducation, si fondamentale à la nation.  Il ne s’agit évidemment pas de nier ses avancées, mais de souligner ses dangers : l’absence de prise en considération de la diversité des situations, la suppression de solutions alternatives ne permettant pas le maintien de chemins praticables par tous.

Il y a encore la multiplication des dialogues de sourds : qu’il s’agisse des revendications des Gilets Jaunes et de leur traitement, des retraites, du chômage, de l’indifférence à toutes les indignités dont les cris ne parviennent pas à se faire entendre, ou de la maltraitance générée par certaines décisions prises sous couvert d’urgence sanitaire.

Pourtant, il y a un an, lors du premier confinement, un grand espoir était né quant à l’opportunité de remettre en question les politiques précédentes dans les domaines industriel, de la santé, de l’environnement, de l’éducation… La baisse de pollution dans les villes, la clarté retrouvée des eaux, la reconnaissance du dévouement des soignants et des enseignants devant une situation inédite, permettaient d’envisager de « belles » et prometteuses évolutions.

Car en politique aussi la Beauté est possible. La preuve ? Le 12 décembre 2015, 196 pays sur 197 ont signé à Paris un accord sur le Climat. Le sociologue Bruno Latour*, qui s’y connaît en matière de situation mondiale de l’Urgence Climatique, estime qu’une motivation aussi unanime ne pouvait résulter que de « la beauté du geste »… L’argument tient, car personne n’aurait parié sur cette unanimité : « il fallait bien une force particulière« , dit-il. En effet, il était sans doute  difficile pour une nation de se distinguer en refusant un aussi beau geste, une aussi belle intention. D’où l’on peut conclure à la formidable puissance de la Beauté, qui a permis de dépasser les énormes divergences politiques présentes d’un bout à l’autre de la table, pour aboutir à la signature du premier accord mondial !

Je confirme ce point de vue : les litiges et les conflits, qu’ils soient de dimension internationale ou individuelle, sont un « désordre », une « fracture harmonique » entre les belligérants. Résoudre le litige n’est alors rien d’autre que de rétablir l’harmonie. Et de façon assez générale, la meilleure solution, celle qui sera pérenne et fera du bien, comportera une part indéniable de Beauté.

Alexandre Adjiman

Le 8 avril 2021

J’ai lu :

« Quand la beauté nous sauve. Comment un paysage ou une œuvre d’art peuvent changer notre vie », Charles Pépin, 2013, Editions Marabout (2020)

« La condition humaine en partage », Marc Augé, 2020, Editions Bibliothèque Rivages

« Où atterrir ? Comment s’orienter en politique » *Bruno Latour, 2017 Editions La découverte

« Résonance. Une sociologie de la relation au monde » Hartmut Rosa, dans Sciences Humaines, Hors série « Les grands entretiens », Août 2020

Auteur : Versus

Blog de commentaires sur les faits de société, les films, les livres, la créativité, la politique, les comportements individuels, l'antisémitisme, l'entreprise, l'économie, la famille, et d'une manière générale tout évènement susceptible d'apporter des changements... Je suis Médiateur Professionnel à Tours.

7 réflexions sur « La BEAUTÉ en partage »

  1. Je complète cet article avec une pensée de Milan Kundera, célèbre auteur de « L’insoutenable légèreté de l’être » :

    « Il semble qu’il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique qu’on pourrait appeler la mémoire poétique, et qui enregistre ce qui nous a charmés, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa beauté”

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  2. Oui M. Adjiman !
    Il y a tant de beautés et de beauté en ce monde, mais tant de laideur et de noirceur absolues aussi.
    Et puis il y a ces carcans qu’on nous inflige. Tous ces modèles vides de sens et d’émotion que la société impose insidieusement surtout aux plus jeunes. Plus aucun domaine ne reste vierge de ces stéréotypes : usages, pratiques, pensée, modes, musique, lecture, lieux de vacances, consommation….
    Tout me semble touché, Sali.

    Alors pour trouver la beauté dans tout cela, il faut non pas la chercher, mais encore rester « ouvert » à elle : Être sensible, avoir le cœur au bord des mains, des yeux, des lèvres, de notre ouïe et de la peau…comme l’enfant qui se laisse éblouir par la moindre beauté à sa portée.

    Et ça, dans nos sociétés actuelles ce n’est pas facile.

    Heureusement, il reste des artistes, la nature (encore un peu), et des « faiseurs de beauté » ; Un Alexandre Adjiman par exemple (et ils sont rares) qui nous fabrique avec raison et sentiments, des moments de beauté à lire et à relire.
    Il choisit ses mots comme on compose un bouquet, comme un peintre ses couleurs, et crée au fil de ses pensées, un texte à nous offrir. Pour nous donner à réfléchir, nous émouvoir, nous élever toujours un peu plus : vers la beauté !
    Merci M. Adjiman

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    1. En effet Sylviane, et du coup nous ne savons plus « où atterrir », comme le dit Bruno Latour, car il n’y a plus pratiquement plus d’espace vierge de ces différentes pollutions que vous citez. Sa réflexion porte essentiellement sur la façon de s’orienter en politique, mais en réalité il devient difficile de s’orienter quel que soit le domaine, et vous avez raison, il devenu très difficile de s’orienter pour la jeunesse en particulier. (Merci pour vos éloges, mais je ne suis certainement ni unique, ni « essentiel » !)

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    1. Je ne demande que ça ! Explication : Laurent est acupuncteur et m’a appris que l’on pouvait détecter une fracture en posant un diapason à l’endroit de la douleur. En cas de fracture avérée, le diapason ne résonne plus de la même manière… Il détecte une « harmonie brisée » en quelque sorte !

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